Bayonne : les novillos de El Montecillo étaient au rendez-vous

La Féria de l’Atlantique s’est poursuivie ce samedi matin avec la novillada piquée. Les organisateurs bayonnais ont réalisé un excellent travail en programmant les novillos de la ganadería El Montecillo. Le lot apporté par le ganadero Victor Guijarro fut d’une présentation excellente et supérieure à la veille et d’un intérêt certain.

Six novillos de El Montecillo, d’une présentation remarquable malgré des armures parfois abîmées lorsque les novillos ont frappé fort les planches. Lourds et imposants, armés sérieusement, ce lot de novillos a offert de la présence en piste. Trois toros ont offert d’intéressants tercios de piques (1/5/6) où les novillos se sont employés avec race sous le châtiment. Ils ont poussé parfois sur plusieurs mètres la cavalerie, envoyant le picador valdinguer au 1er et 6ème et renversant totalement le cheval au 5ème.

Les derniers tiers ont connu des fortunes diverses, avec des novillos très exigeants mais intéressants. Le manque d’expérience de la terna a limité la qualité finale de la novillada pour diverses raisons. Le premier a déçu, restant arrêté après le tercio de piques. Supérieurs les troisième et quatrième, nobles et se laissant toréer, et plus piquants le lot de Martin Morilla qui restera inédit. Encasté et exigeant le dernier.

Cristiano Torres, bien qu’il manqua le succès à l’épée, a laissé la meilleure impression de la matinée. Plus mature que ses compagnons de cartel, il sut profiter avec maîtrise des qualités de son second adversaire devant lequel il s’imposa. L’Aragonais est parvenu à mettre en place un toreo poderoso et sérieux qui lui permit d’exister devant un animal qui est allé a más. L’épée le priva de potentielles deux oreilles et d’un triomphe important. Face à son premier, arrêté après la pique, Torres se cantonna à un toreo plus populaire face à un animal se défendant par demi-charge.

Cristiano Torres

Pedro Luis a coupé l’unique oreille dans une matinée où il a oscillé entre le chaud et le froid. Face au troisième novillo de la tarde, le Péruvien profita d’un bon collaborateur pour tracer des séries limpides qui portèrent sur les tendidos. Il réussit à tirer profit des deux bords avant de conclure malheureusement d’un vilain bajonazo foudroyant. L’oreille n’est pas volée, mais la conclusion ne fut pas belle. Face à son second, il montra davantage ses limites pour contenir les charges lourdes et inégales d’un novillo intéressant mais qui demandait plus de pouvoir. Son attitude en fin de faena, où il a regagné les planches après une nouvelle épée peu esthétique et un toro peu touché par l’estocade, fit tache et contraste avec l’engagement qu’il sut montrer au moment d’aller a puerta gayola recevoir ce dernier novillo de la matinée.

Pedro Luis

Martin Morilla a dû se demander ce qu’il pouvait bien faire à Bayonne ce samedi matin. Déjà auteur de prestations décevantes à Garlin, Arles et Mont-de-Marsan, le protégé de Juan José Padilla fut désintéressé des fondamentaux de la lidia. Malgré la colère de Padilla, le novillero andalou n’a pas fait d’efforts pour surpasser les difficultés qui se sont présentées à lui. Sur la seconde lidia, le novillo renversa la cavalerie, ce qui ne donna pas un élan d’initiative pour tenter de prendre les choses en main. Muleta en main, il ne fut pas en capacité de dominer, même par séquences, ses deux adversaires de la matinée. Enfin, le maniement catastrophique des épées mit un point final à cette matinée où son mentor Juan José Padilla fit grise mine.

Martin Morilla

Toro a toro

Le premier novillo de El Montecillo est un joli exemplaire, massif et armé. Malheureusement, il sort avec les pointes éclatées. Cristiano Torres reste prudent à la cape. Le novillo pousse sérieusement sur la première pique sur plusieurs dizaines de mètres. Sur la seconde, le châtiment est peu fort mais le novillo continue de pousser. Dans le dernier tiers, le novillo n’a plus de charge. Limité par sa force, l’animal se défend sur place. En le laissant récupérer, Cristiano Torres parvient à tirer quelques séries mais cela tourne au ridicule en fin de faena. Le novillero se plante entre les cornes et fait charger l’animal sur un mètre. Torres tue d’une entière en avant qui fait effet. Pétition demandée par les inconditionnels du novillero mais la présidence ne cède pas, à juste titre.

Le second novillo de El Montecillo est bien présenté, massif. Martin Morilla mène une lidia trop approximative avec un novillo qui s’emploie quasi exclusivement sur la première pique. Dans le dernier tiers, Martin Morilla ne parvient jamais à prendre le dessus sur le novillo. Exigeant et au port de tête non réglé, le novillo, malgré ses qualités, n’est pas exploité. Martin Morilla manque de recours, ne parvenant pas à appliquer les conseils de Padilla, agacé. Épée non suffisante avant une série de descabellos catastrophiques. Silence respectueux après avis.

Le troisième novillo de El Montecillo est bien présenté et armé. Pedro Luis réalise une réception accrochée avant de le conduire par le bas avec plus de succès. Le novillo fait valdinguer le picador sur l’impact de la première pique. Il y revient une seconde fois pour ce qui sera la seule véritable pique en poussant avec modération. Pedro Luis entame sa faena par des passes changées dans le dos au centre de la piste. Le Péruvien réussit à imposer son rythme à un toro qui se laisse faire. Sur les deux bords, il sert des séries méritoires et limpides malgré un novillo qui va a menos. Pedro Luis tue d’un vilain bajonazo de côté foudroyant et coupe une oreille.

Pedro Luis

Cristiano Torres hérite du quatrième, correctement présenté. Le novillo prend deux piques, mal données, en poussant un peu sous le fer. À genoux au centre de la piste, Cristiano Torres donne le ton à sa faena par des passes changées dans le dos. Il parvient à maintenir le cap face à un novillo encasté qui coopère. Sur chaque bord, il tire de bons passages qui font croître l’intensité de sa faena. Il conclut par des manoletinas excellentes avant de porter une entière un peu plate qui ne fait pas effet. Les choses durent au descabello et Torres perd le fruit de son travail. Dommage.

Le cinquième novillo de El Montecillo est magnifique, de présentation digne d’un toro. Le novillo prend une première pique correcte avant d’y retourner et de renverser la cavalerie. Sans commentaire sur la lidia de Martin Morilla et de son équipe dont ce ne fut pas la priorité. Le dernier tiers n’est pas meilleur, Martin Morilla est en dessous du novillo qui, en plus, n’est pas évident. Rien à signaler avant des aciers à nouveau catastrophiques.

Pedro Luis va a puerta gayola recevoir le dernier novillo de El Montecillo, au trapío de toro. Un magnifique exemplaire, sérieux et armé, qui accroche Pedro Luis lors de la réception à la cape. Le toro offre un bon tercio de piques où il renverse le picador sur la seconde poussée. Un novillo brave qui s’est impliqué. Le Montecillo est sérieux, le tercio de banderilles de Candelas et Juan Cantora est mauvais. La faena de Pedro Luis manque de précision devant un novillo exigeant et imposant. Mais le Montecillo manque également de race et va a menos. Pedro Luis fait l’effort mais tarde trop, le toro se réfugiant aux planches. Cela ne facilite pas la tâche au Péruvien qui pinche plusieurs fois. Il finit par porter une entière basse qui tarde à faire effet alors que Pedro Luis avait pris congé, déposant ses armes aux planches ?! Attitude à revoir avant de revenir descabello en main mais pour rester attentiste, tout comme sa cuadrilla. Fin de novillada décevante.

Puerta gayola de Pedro Luis

6 novillos de El Montecillo pour
Cristiano Torres : vuelta et vuelta
Martin Morilla : silence après avis et silence après avis
Pedro Luis : une oreille et silence

Jean Dos Santos