Après la novillada intéressante de ce samedi matin, la journée de toros s’est poursuivie avec la corrida des 5 matadors de toros, en competencia pour décrocher la lidia du dernier toro. Pour arbitrer cela, une superbe corrida de Arauz de Robles a permis de vivre une tarde de fort intérêt de bout en bout. La tarde a également été marquée par la malheureuse blessure de Juan de Castilla et la forte voltereta de José Fernando Molina.
Les toros de Arauz de Robles ont véritablement dynamisé cette après-midi de toros. Un lot complet et encasté, intéressant dans les trois tercios et offrant à chaque torero l’opportunité de triompher. Cela a permis de (re)découvrir la personnalité de chacun dans une tarde où les épées ont empêché le succès des piétons. Un format assez original et déroutant qui a trouvé son point culminant lors de cette édition 2025.

Six toros de Arauz de Robles, bien présentés dans l’ensemble, plutôt fins et armés, dans le type de la ganadería. Seul le dernier, plus lourd et aux armures un peu différentes du reste du lot, a montré une certaine différence. C’est le seul exemplaire qui n’a pas donné satisfaction, laissant José Fernando Molina, vainqueur désigné, sans options. Pour le reste du lot, la caste et la bravoure ont prédominé, avec certains tercios de piques vibrants, notamment le deuxième et le quatrième (ce dernier supérieur). Dans le dernier tiers, les toros ont offert du jeu, avec leur pointe d’exigence qui fait la particularité de l’encaste Gamero Cívico et de la ganadería Arauz de Robles.

Chez les piétons, les toros de Arauz de Robles n’ont fait aucun cadeau aux toreros du jour. L’excès de confiance de Juan de Castilla, genou au sol pour effectuer une passe de pecho, n’a pas été pardonné par un toro qui lui infligea un coup de corne de 25 cm dans la fesse. Alors que la corrida arrivait à son terme, José Fernando Molina a reçu une méchante voltereta en tentant de descabellar le dernier toro de la tarde, projeté à plus d’1,50 mètre du sol avant de retomber violemment sur le dos. Sans conséquence pour l’Espagnol, plus sérieuse pour Juan de Castilla dont la blessure a contraint l’organisation à suspendre la corrida le temps de prendre en charge le Colombien jusqu’à son transfert à l’hôpital.

Une corrida accidentée donc, mais qui a permis aux toreros, tous engagés dans des styles différents pour tenter d’obtenir un triomphe précieux, de se montrer et d’assurer potentiellement une place pour la temporada 2026. Si José Fernando Molina a été choisi pour estoquer le dernier toro, mon sentiment personnel va au toreo pur et profond de Rafael Serna, arrivé deuxième au scrutin. Le Sévillan possède ce sens du toro et c’est le torero qui est le plus entré dans le terrain de l’animal pour lui tirer des passes pures et profondes. Mention spéciale également à Dorian Canton, parvenu à tirer profit de la bravoure de son adversaire sur des séries droitières intenses. Molina a toréé à la voix, avec de bons passages mais a un peu abusé d’un toreo circulaire décroisé, certes populaire mais moins profond. Enfin, Víctor Hernández a hérité d’un adversaire avec moins de transmission, mais il a lui aussi toréé avec une grande pureté dans ses gestes, cherchant la profondeur dans ses muletazos. Ne pas oublier Juan de Castilla, qui a ouvert la tarde avec de bons passages et une épée plus efficace que ses compagnons de cartel, lui permettant d’obtenir l’unique oreille de la tarde.

Toro a toro
Premier toro : Joli exemplaire de Arauz de Robles pour ouvrir la tarde. Juan de Castilla donne le ton avec des véroniques enjouées et une lidia bien menée. Deux piques légères, la première légèrement disputée. Juan de Castilla entame sa faena à genoux au centre de la piste par derechazos. Le toro charge bien, avec émotion, sur ses premières embestidas à droite. Le Colombien réussit à tirer de bons passages en tentant de faire partir le toro de loin. De Castilla réduit la voilure avec la baisse de régime du toro, et torée un peu sur le passage à gauche. Alors que le toro baisse, Juan de Castilla se fait surprendre par l’animal qui lui inflige un coup de corne en haut de la cuisse. Il revient en piste pour estoquer l’animal d’une entière basse mais efficace. Il rejoint l’infirmerie avant que le toro tombe mais obtient une oreille.


Deuxième toro : Bien présenté, fin et armé. Rafael Serna réalise une lidia sérieuse devant un toro qui fragilise le groupe équestre et fait tomber le piquero. La deuxième pique est décevante, le toro sortant seul aussitôt le contact établi. Rafael Serna débute sa faena par des doblones intenses. Le toro charge avec race dans la muleta du Sévillan qui se montre à la hauteur. Dans un toreo classique et pur, Serna sert des séries pleines de classe et d’entrega qui portent sur le public. La faena va a más et le torero est de plus en plus relâché. Malheureusement, il pinche trois fois et perd le succès de son travail. Il finit par mettre une entière verticale qui nécessite le descabello. Quel dommage, car la faena était d’un grand niveau. Vuelta.
Troisième toro : Un peu plus commode de tête. Dorian Canton réalise de bonnes véroniques avant deux piques discrètes. Il débute sa faena contre les planches avec un toro qui met bien la tête. Le Français tire d’excellents derechazos, intenses et profonds, qui donnent du relief. Il continue à gauche avec des naturelles un peu moins limpides mais dans un bon sitio. Il profite à nouveau de la corne droite pour une faena globalement très intéressante. Malheureusement, l’épée prive là aussi le torero du succès. Vuelta.

Quatrième toro : Bien présenté. José Fernando Molina tente de s’appliquer à la cape mais le toro a du mal à se fixer. Le tercio de piques est intéressant, le toro poussant sur les deux rencontres malgré un châtiment sévère. Il sort indemne du tercio de varas. Molina reprend les choses en main avec une faena qui démarre par de bons doblones. L’Espagnol poursuit sur la corne droite où il parvient à allonger la charge du toro. Les séries sont intenses et le torero refuse la musique, toréant « à la voix ». Il abuse cependant un peu du toreo circulaire et décroisé mais cela porte sur le public. Sur le piton gauche, il tire également de bons passages malgré quelques accrochages. Il tue d’une entière un peu basse qui ne fait pas effet et nécessite le descabello. Dommage car il pouvait obtenir le succès à son tour.
Cinquième toro : Bien présenté, il sort avec beaucoup d’énergie et de mobilité. Víctor Hernández le conduit pour deux piques où le toro proteste sous le fer sans vraiment s’y impliquer. Hernández réalise une faena d’une grande pureté. Il torée avec prestance et justesse un toro noble qui se laisse faire. La faena est bonne mais manque d’un écho suffisant sur les gradins. Hernández tue d’une entière et d’un descabello. Vuelta demandée par le public.

Sixième toro : Plus lourd, bien présenté. José Fernando Molina le reçoit correctement avant un tercio de piques où le toro s’emploie surtout sur la première rencontre. Le toro manque de race et Molina n’a pas vraiment d’options. Il sert quelques muletazos avant d’abréger d’une entière un peu basse. En voulant descabeller, Molina se fait sérieusement lever, projeté à plus d’1,50 mètre du sol. Il chute sur le dos et est transporté à l’infirmerie. Selon les premières informations, il n’est pas blessé.
Bayonne, Samedi 30 août 2025
6 toros de Arauz de Robles pour
Juan de Castilla : une oreille avec blessure
Rafael Serna : vuelta après avis
Dorian Canton : vuelta
José Fernando Molina : vuelta et silence
Víctor Hernández : vuelta
Jean Dos Santos