Madrid : Victorino demande les papiers !

6 toros de Victorino Martín, splendides de présence, tous cardeños et magnifiques de pitones. Globalement faibles, mais avec une caste sauvage et exigeante. Aucun grand toro, mais tous intéressants. Se détachèrent le premier et le troisième pour le dernier tiers, par leur embestida et leur énergie.

Le premier toro se montra fort et bien préparé. Galván, qui débutait face à ce genre de bétail peu docile, fut vite débordé. Le torero andalou mena tant bien que mal la lidia au centre. L’auroch fit son devoir au cheval avec deux piques franches, chargeant sans freiner avant l’impact. Dès l’entame de faena, le toro imposa sa loi et mit Galván sur les talons.

La blessure de David Galvan

Le maestro, à contre-style, ne sut jamais le soumettre par le bas ; au contraire, il abusa des sorties vers le haut – chose à éviter face à un Saltillo ferme et déterminé. Sur un derechazo mal engagé, survint la voltereta : une fois au sol, le toro mit sa corne sous la chaquetilla. On craignit le drame. Direction l’infirmerie, d’où il ne sortira pas : traumatisme crânien et côtes fracturées. Román, en chef de lidia, tua proprement comme le veut le règlement.

Le deuxième toro (prévu initialement en troisième) échut à Ginés Marín, lui aussi peu habitué à ce type d’opposant. Le pensionnaire de Cáceres se montra faible, mais encasté : des qualités, certes, mais inexploitables en raison de faiblesses chroniques. Peu de choses à faire ; il fallait le soumettre par le bas, mais le toro n’en avait pas la force. Le matador tua dignement. Ovation.

Le troisième toro sortit pour Román, en pleine confiance. Brave mais discret dans les premiers tiers, il se révéla au dernier. Román fut magistral, comprenant parfaitement le bicho. Le diestro franco-espagnol trouva la distance, alla chercher l’embestida de face, avec autorité et détermination.

Roman s’est employé pour décrocher une oreille

Ce fut le déclic : deux séries de derechazos lentes et profondes, un passage à gauche moins brillant mais essentiel, puis une dernière série à droite, succulente. Pour le plaisir des yeux, un accompagnement alterné, majestueux, fit vibrer les gradins. La grande porte semblait acquise, mais l’épée fut basse. Une grosse oreille, vuelta saluée unanimement, y compris par le tendido 7, pourtant si intransigeant. Grand respect.

Le quatrième toro, typique Saltillo, provoqua un batacazo, puis plus rien. Ginés Marín, à bout de ressources, s’enfonça dans la nuit tombante. Silence inquiétant.

Ginés Marin et une belle naturelle

Le cinquième poussa fort et provoqua un nouveau batacazo. Les chevaux semblèrent instables sur leurs sabots. C’était la dernière chance pour Román de forcer la puerta grande. Le diestro insista, arrachant au forceps quelques bons passages malgré le peu de clarté du bicho. À la mise à mort, l’épée se logea de travers, ressortant par le flanc. Salut avec forte ovation.

Enfin, le sixième et dernier fut faible, sans transmission. Ginés Marín ne brilla guère et tua mal. Silence.

Un lot intéressant par sa dureté, fidèle à la réputation de Victorino Martín, qui aura demandé les papiers à tous ses adversaires du jour.

6 toros de Victorino Martin pour
David Galvan : blessure
Roman : silence, une oreille et salut au tiers.
Ginés Marin : salut, silence et silence

Arnaud Imatte