Aignan a célébré la première corrida de toros de cette temporada 2026 française. La place au calendrier de la cité gersoise ne tient d’ailleurs plus qu’à un fil, tant la difficulté de rentabiliser une corrida est grande. Mais en ce samedi de Pâques ensoleillé, les aficionados ont répondu présent pour la journée taurine d’Aignan.
Un cartel original, courageusement monté, avec Alberto Lamelas, une valeur sûre du créneau torista, Rafael Serna, un Sévillan pétri de qualité qu’il fallait oser programmer, et Dorian Canton, la touche locale qui a des choses à dire, face aux toros d’Arauz de Robles, attendus après des sorties importantes à Madrid et Bayonne.

En piste, les toros d’Arauz de Robles ont donné du fil à retordre aux toreros. Intéressant mais limité en race et en forces, le lot de la ganadería andalouse a présenté divers comportements. Deux toros cárdenos (1er et 5e), de type Saltillo, intéressants par leur présentation et leur comportement, avec des charges fortes mais restant courts dans les capes et à la muleta de Lamelas et Rafael Serna. Les quatre autres, d’un comportement varié, étaient mansos pour les quatrième et sixième.
Alberto Lamelas et Rafael Serna avaient le chemin tracé pour une sortie a hombros. Chacun, dans son style caractéristique, a dominé son premier toro d’Arauz de Robles, décrochant une oreille méritée. Les deux toreros sont repartis au combat face à leur second exemplaire, mais l’épée en a décidé autrement.

Alberto Lamelas s’est accroché devant son premier exemplaire aux charges courtes et irrégulières. Une prestation engagée où il est allé chercher le maximum pour décrocher une oreille. Face à son second, qui se rapprochait des planches dès son entrée en piste, Lamelas fit le choix de le toréer sur son terrain pour en tirer de bons passages avant d’échouer à l’épée.
Rafael Serna, dans un style plus classique, a servi une première prestation supérieure, où il est parvenu, avec un toreo limpide et juste, à profiter des qualités de son adversaire. Tant à la cape qu’à la muleta, son toreo élégant mais autoritaire convenait bien à son toro. Une oreille en poche avant de revenir en piste face à son second, typé Saltillo. Un encaste qui convient également bien à son toreo autoritaire et puissant, tout en gardant de la verticalité. Il a tenté, et réussi, à tracer de bons passages en ligne droite, mais l’épée est venue entacher sa prestation et le priver d’un triomphe à la veille d’une corrida importante à Las Ventas.

Dorian Canton a dû composer avec un lot peu favorable. Son premier est allé aux planches assez vite, ne laissant aucune option au Français, qui n’a pu dessiner que quelques muletazos sur le passage. Une vilaine épée foudroyante, involontaire certes, ne pouvait justifier l’octroi d’une oreille demandée par ses soutiens. Face à son second, offrant peu de transmission, Dorian Canton s’est employé dans une faena qui peina à décoller. Mais une nouvelle épée foudroyante, cette fois-ci bien placée, lui a permis de décrocher une oreille méritée pour clôturer la tarde.

Toro a toro
Le premier Arauz de Robles est cárdeno, dans le type Saltillo. Il reste court dans la cape d’Alberto Lamelas, qui le conduit avec précision au cheval. Deux piques peu appuyées à un toro juste de forces et qui ne s’emploie guère. La faena débute bien avec Lamelas, qui conduit bien l’animal par le bas. Court sur le pitón droit, le toro offre davantage à gauche. Lamelas va vite s’y coller pour sortir de bonnes séries malgré les charges irrégulières de l’animal. Il déclenche la musique pour une deuxième partie de faena un peu plus accrochée. L’Espagnol tue d’un beau trois-quarts de lame qui libère la première oreille.
Rafael Serna reçoit le second toro d’Arauz de Robles, qui reste également court dans la cape. Deux piques légères et dosées. Le toro se livre peu à peu. Dès le tercio de banderilles, il augmente le rythme. Rafael Serna en profite pour tirer parti d’un toro qui se révèle finalement bon collaborateur grâce à des charges qui transmettent. Le toreo précis et délicat de Serna conduit parfaitement l’animal pour des séries plaisantes et maîtrisées des deux côtés. Après un pinchazo, il tue d’une épée contraire peu réglementaire mais suffisante pour décrocher une oreille.
Dorian Canton hérite du troisième, plus bas que ses confrères. Réception soignée pour deux piques peu disputées. Le toro semble vouloir se réfugier près des planches dès l’entame de la faena. Malgré les tentatives de Dorian Canton de l’en sortir, l’animal y repart aussitôt. Pas d’autre solution pour le Français que de tenter de lui voler quelques passes près des planches. Peu de choses à prendre pour le torero, qui doit abréger. Dorian tue d’un bajonazo involontaire en attendant l’animal a recibir. Pétition des sympathisants, heureusement non entendue. La vuelta n’était pas non plus nécessaire.
Le quatrième Arauz de Robles n’est pas très beau, bas et cornes vers le bas. Manso, il cherche la sortie malgré la lidia appliquée de Lamelas. L’Espagnol le conduit vers le cheval, mais le toro rebrousse chemin. Il finit par prendre une pique légèrement appuyée. Lamelas essaie de débuter sa faena au centre de la piste, avec des passes changées dans le dos. Malheureusement, le toro s’enfuit aux planches. L’Espagnol prend alors le toro par les cornes et le torée sur son terrain. Près des planches, il va tirer de très bonnes séries à droite et déclencher la musique. La faena est bonne mais, au moment de conclure, Lamelas se manque à deux reprises et perd le triomphe à l’épée. C’est dommage car il était mérité.
Le cinquième toro d’Arauz de Robles, dans le type Saltillo à l’image du premier, est reçu par la cape douce et élégante de Rafael Serna. Deux piques avec un toro qui pousse uniquement à l’impact. Rafael Serna réalise une faena sérieuse devant un toro exigeant. Les qualités techniques de Serna lui permettent de lier de bons muletazos. Il parvient à dominer complètement le toro et à en extraire le nécessaire. Malheureusement, comme son compagnon Lamelas, il perd le triomphe à l’épée avec deux pinchazos avant une entière nécessitant le descabello. Dommage !
Le dernier toro est un joli exemplaire castaño, massif et imposant. Il a du mal à se fixer. Il prend une première pique importante avant d’y retourner à deux reprises pour un aller-retour au contact de la pique. Dorian Canton doit composer avec un animal qui ne rompt pas et qui charge avec irrégularité. Par séquences, il parvient à tirer quelques muletazos liés qui ont de l’écho. L’ensemble reste timide, faute à un animal avec trop peu de transmission. Grâce à une entière foudroyante, Dorian décroche une oreille méritée.
Aignan, Samedi 4 avril 2026
6 toros de Arauz de Robles pour :
- Alberto Lamelas : une oreille après avis et salut après avis
- Rafael Serna : une oreille et salut après avis
- Dorian Canton : vuelta ? et une oreille
Jean Dos Santos
