Mundillo Taurino

ENTRETIEN – Domingo LOPEZ CHAVES : “Je veux que le reste de la carrière me permette de m’épanouir dans la profession”

A la fin de l’automne, nous avons rencontré le maestro Domingo Lopez Chaves à l’issue de la Fiesta Campera de Rion-des-Landes. Matador de toros depuis 1998, le natif de Salamanca a réalisé en 2019, l’une de ses meilleures temporadas récentes avec un passage remarqué à Madrid et Bilbao.

Torero lidiador et raffiné, il s’est également distingué à Vic Fezensac où il a obtenu l’unique oreille de la corrida concours face au toro de La Quinta, et à Arles, face à une exigeante corrida de Palha où il a effectué une vuelta amplement méritée.

Après plus de 20 ans de métier, il nous a semblé pertinent de parler « toros » avec l’un des toreros les plus habitués aux encastes réputées « difficiles » qui sera sur le devant de la scène en 2020.

Domingo, quel bilan tirez-vous de votre carrière après plus de 20 ans d’alternative ?

Je viens de terminer ma 21ème temporada de matador de toros, auxquelles il faut ajouter 2 temporadas de novilleros et deux de becerrista. Je crois que j’ai passé plus de la moitié de ma vie à toréer ! La clé de ma carrière a été la persévérance et la constance. L’important pour moi a été de continuer d’apprendre tout au long de ces années, en essayant de m’améliorer à chaque fois. Il y a eu des moments difficiles. Comme je l’ai dit, ma persévérance et mes convictions m’ont maintenu en vie dans les moments compliqués. J’étais prêt à faire la guerre pour me retrouver devant le toro.

Revenons plus précisément sur cette Temporada 2019, êtes-vous satisfait ?

Cette année a été une année incroyable pour moi ! Je ne m’attendais pas à toréer autant même si je m’étais préparé pour. Je suis évidemment très heureux, c’est un cadeau de Dieu !

Qu’est ce qui a changé dans votre manière de toréer ?

Qu’est ce qui a changé? Profiter! Avant, j’avais l’objectif et la nécessité des triomphes et des oreilles. Maintenant, je pense que le plus important est d’être bien avec moi-même. Dominer et être capable de diriger le toro comme je le veux. J’aime voir le toro au cheval. Maintenant je suis capable de profiter de tout cela. Et si le triomphe vient en plus, c’est parfait, sinon ce n’est pas grave, je me régale devant le toro. Mon toreo continue de changer un peu. Souvent, quand tu torées depuis de nombreuses années, ton corps est habitué à une certaine manière de toréer, de toquer. Aujourd’hui je sens que mon toreo est plus vertical et ma manière de citer le toro plus douce.

Durant votre carrière, vous avez tout le temps été confronté aux élevages les plus durs du monde taurin. Comment vivez-vous cela ?

J’ai été mis ici, et toute ma vie j’ai tué ce type de toros. Par exemple, je n’ai jamais toréé dans une féria importante en tuant autre chose que ce type de ganaderias. Mais je n’aime pas catégoriser les ganaderias comme bonnes ou mauvaises, dures ou faciles. Tous les toros sont dangereux, tous sont capables de te donner un coup de corne. Il est vrai qu’avec ce type de ganaderias, elles ne te laissent peut être pas t’exprimer totalement comme torero mais il y a un public qui veut voir cela. Je le respecte. J’aime où je suis, je ne choisis pas mes corridas mais je torée ce que l’on me propose sans aucun problème.

Quels sont, pour vous, les points les plus importants de la lidia ?

Je crois qu’il faut savoir apprécier chaque tiers. Quand le toro sort du toril, ses premières foulées sont extraordinaires. Une fois le toro arrêté, la suerte de varas est magnifique, c’est une chose que vous aimez voir ici en France, et je le sais. J’essaie chaque fois de mettre le toro en valeur, je trouve cela très important, c’est un tiers essentiel. Après, la muleta. Un tiers où tu peux réaliser une faena importante en soumettant et dominant le toro. Je crois que toutes les « suertes » ont leurs propres caractéristiques et il faut les valoriser chacunes à leur échelle.

Je choisis d’évoquer sur la sortie du toro d’Adolfo Martin lors de la Féria de Otoño de Madrid (voir la vidéo ci-dessous)

Le toreo est improvisation, ce sont des moments. Personne ne peut avoir une lidia ou une faena prédéterminée. Tu dois faire selon le toro qui sort en piste. A ce moment, je voyais le toro sortir puis rentrer, ressortir puis rentrer à nouveau, cela à plusieurs reprises. J’ai décidé d’aller le chercher et il est sorti avec beaucoup de force. Je me suis vu prendre plusieurs fois. Le toro ne passait pas, je lui donnais un capotazo, et il changeait de direction sans avoir fini de passer. Mais derrière, le public m’a ovationné, debout sur les tendidos. Ce fut une réelle satisfaction pour moi et une récompense des efforts fournis.

Après plus de 20 ans de carrière, peut-on encore parler d’ambition pour le futur, que ce soit en tant que personne ou en tant que torero ?

Je crois que le torero est uni à la personne et vice versa. Je ne suis pas ambitieux, ou bien je le suis seulement envers moi-même. Ce que je torée, je veux pouvoir l’apprécier parce que c’est un cadeau de Dieu. Lorsque tu passes ces années à la maison en toréant très très peu, quand vient la possibilité de toréer, tu en profites, où que ce soit. C’est pour moi la priorité absolue. J’ai derrière moi plusieurs années d’alternatives et je suis plus prêt de la fin que du début. Je veux me sentir bien et que le reste de la carrière me permettent de m’épanouir dans la profession. Et en tant que personne, il est vrai que le torero continue de vivre en dehors des ruedos. Il continue de penser toros. Ma femme et mes enfants me donnent une grande force parce que je ne pourrai pas avancer seul. Le soutien de mon village, Ledesma, me donne également l’envie de continuer à toréer et contribue à mon équilibre.

Vous avez également une ganadería. C’est donc une reconversion logique une fois la carrière de matador de toros terminée ?

Je ne sais faire que ça ! Je passe beaucoup de temps au campo et je continuerai.

Jean Dos Santos

Domingo LOPEZ CHAVESexpress

DOMINGO LOPEZ CHAVES MANGAS
Née le 1er août 1977 à Ledesma (Salamanca)

Alternative le 15 septembre 1998 à Salamanca (Toros de Gutierrez Lorenzo)
Confirmation le 27 juillet 2003 (Toros de El Jaral de la Mira)

Présentation en France à Vic-Fezensac en 1999.
Il réalise sa meilleure temporada en 2007 avec 53 corridas 40 oreilles et 2 queues.

Après avoir effectué une grande faena à un toro de La Quinta lors de la Féria de Vic-Fezensac en 2018, il retrouve cette année le chemin de plusieurs arènes françaises (Aignan, Vic Fezensac, Dax, Bayonne, Arles) ainsi que celles de Madrid et Bilbao (vuelta).

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