Mundillo Taurino

Manolo Vanegas : “Au début, les médecins pensaient que j’allais rester toute ma vie dans un fautueil roulant”

Manolo Vanegas est un jeune homme de 23 ans qui est devenu matador de toros le 5 mai 2017 dans les arènes de Vic-Fezensac. Alors qu’il préparait sa seconde année d’alternative à Puerta Cerrada, Manolo Vanegas a été sévèrement attrapé par un toro qui l’a levé à presque trois mètres de haut, le laissant sur une chaise roulante depuis le 16 mai dernier.

Il a ensuite été accueilli au centre de rééducation de Tolède après avoir été opéré des vertèbres afin d’essayer de récupérer quelques facultés physiques. Les médecins étaient pessimistes, ils pensaient que Manolo passeraient le reste de ses jours sur un fauteuil roulant.

Plus de 5 mois après ce terrible accident, j’ai rencontré Manolo Vanegas pour évoquer cette dure étape, et savoir comment se déroule sa rééductaion.

​Manolo raconte son accident, 2 jours avant la corrida de Vic-Fezensac, il tue 2 toros de Hoyo de la Gitana en privé :

“J’étais invité à toréer deux toros à Ledesma, un village près de Salamanca. C’était deux jours avant la corrida de Vic-Fezensac pour laquelle je me préparais. Le second toro, face auquel je donnais une série de naturelles, m’a tout à coup pris et m’a levé à au moins 3 mètres de haut, et sur la chute, je suis retombé sur le cou de mauvaise manière”

Une voltera qui l’a laissé paralisé, pouvant seulement bouger les épaules pour communiquer. Une chose difficile à accepter pour lui et qui l’empêchait d’être autonome au quotidien.

Ses proches étaient particulièrement inquiets parce qu’ils savaient une chose qu’ignorait Manolo :

« Les médecins savaient, ou plutôt disaient, que je ne remarcherai plus jamais. Cela mes proches le savaient car les médecins leurs ont dit mais à moi non »

Manolo Vanegas est une personne toujours très positive, qui regarde toujours vers l’avant. Le jour suivant la blessure, le torero a une seule idée en tête : toréer à nouveau. Il reconnait et avoue que la décision de ses proches, de ne rien le lui dire sur la gravité du diagnostic l’a beaucoup aidé :

« Que s’est-t-il passé ? Moi, comme un innocent ou plutôt inconscient, la seule issue que je donnais, était : Je vais revenir, je vais revenir ». Cela a été très dur parce que je ne pouvais pas bouger. Quand je suis arrivé au centre de rééducation de Tolède, je bougeais seulement les épaules. Au fur et à mesure que le temps est passé, j’ai commencé à bouger une chose puis une autre jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’à base de travail et d’exercices, j’ai commencé à récupérer. Mais au début, c’était très dur ».

Une attitude toujours positive qui lui a permis d’évoluer positivement malgré que les choses n’étaient pas facile :

« Il y a eu des jours où je ne dormais pas, je pleurais beaucoup. Je ne pleurais pas quand les gens venaient me voir, je pleurais pendant la nuit où je ne pouvais pas dormir. J’imaginais beaucoup de choses. Je pleurais parce que je savais qu’il y avait cette corrida de Vic-Fezensac et que je ne pouvais pas toréer, qu’il y avait derrière cela une temporada qui allait être bonne pour ma première année de matador de toros (après l’alternative N.D.L.R). Et comme j’étais dans l’incapacité de toréer, à Madrid, à Vic-Fezensac, je pleurais parce que je ne pouvais pas »

Toute la journée, de 9h à 14h que j’aille manger, je n’arrête pas !

Des moments difficles qu’a réussi à inverser le vénézuélien :

« Au début, les médecins pensaient que j’allais rester toute ma vie dans un fautueil roulant ou dans un lit. Au vue de cette telle évolution, ils étaient très surpris. Surpris car nomalement, le patient qui a le mieux évolué ici, récupérait environ 1% tous les 5 jours. Moi, j’avançais à 1,5% chaque jour, c’est incroyable »

Et ce n’est pas le fruit du hasard si Manolo a récupéré aussi vite. Il le doit à beaucoup d’effort et de travail. Il explique notamment que ses journées ressemblent à celles d’un sportif de haut niveau ou d’un torero qui prépare une temporada de 60 corridas :

« Le matin, je vais à une activité qui s’appelle « Thérapie ocupational » pour faire de choses manuelles, exercices de mains. Par exemple, je vais au gymnase où je m’entraîne avec le kiné, mobilisant les membres, faisant des exercices d’équilibre. Je vais aussi à la piscine, je fais de l’électrostimulation. Je n’arrête pas ! Toute la journée de 9h à 14h où je vais manger, je travaille. Après la sieste je fais du sport, joue au ping-pong, fais du « handbike » (vélo avec les mains), de la natation mais aussi de la peinture, ce qui me permet de faire bouger les mains. »

Cela paraît assez facile au final, se lever le matin, travailler pour pouvoir récupérer et avancer, puis on se dit qu’un jour tout ira mieux. Mais non, cette rééducation est très difficile, et Manolo ne cache pas le fait qu’il y a des moments vraiment compliqués à gérer :

« Il y a aussi des semaines qui sont très dures parce que même si je veux bouger, le signal n’arrive pas à la moelle épinière, il n’y a pas de mouvement. Cela est très dur parce que mentalement, vouloir et ne pas pouvoir affecte beaucoup.

“La solitude m’alimente”

Quand arrivent ces temps difficiles, Manolo Vanegas préfère se réfugier dans la solitutde. Ce n’est pas un poids pour lui :

« Je prends un livre et je m’en vais au bord de la rivière. La solitude est quelque chose qui est en moi et je l’ai toujours dit, la solitude m’alimente. Etre seul pour moi est l’une des plus belle chose parce que je peux être en paix avec moi-même, penser parce que, un être humain commet beaucoup d’erreurs. Quand je suis seul, je suis capable de me remettre en question et de savoir dire si « j’ai mal agi ou je n’ai pas mal agi ».

Même s’il y a des moments durs, le torero ne perd pas son objectif de vue : toréer à nouveau. Cela sera très difficile, il faut être lucide sur la situation, le toreo demande des conditions physiques exceptionnelles mais l’objectif est bien là. Manolo est bien conscient de la situation actuelle. Et revenir dans les ruedos, ne sera pas sans conditions :

« Je ne sais pas si je vais toréer à nouveau, parce qu’à l’heure actuelle personne ne le sait. Mais pourquoi revenir ? Parce que ma lutte quotidienne est dédiée à cela. Peut-être que le jour où je reviendrai, je ne pourrais pas toréer 10 corridas mais seulement une ou deux. Avant tout, je le ferais pour moi, pour me retrouver. Je reviendrais peut-être la temporada suivante ou une autre, mais si je reviens, ce sera en pleine conditions physiques. »

“Beaucoup de monde me disait que j’étais fou de prendre l’alternative à Vic-Fezensac”

Nous avons également parlé « Toros ». Tout d’abord son alternative. Manolo Vanegas l’a prise le 7 juin 2017 à Vic Fezensac avec une corrida d’Alcurrucen. Un choix curieux quand on sait que beaucoup de novilleros préfèrent une alternative avec des figuras, dans une grande arène et des toros faciles à manier.

Manolo vanegas roquefort 2016

Novillero courageux qui est passé par le circuit des novilladas dures, Vanegas explique d’abord son parcours de novillero :

« En 2016, quand j’étais premier de l’escalafon des novilleros, toute ma temporada était construite à base de novilladas dures. Je me suis toujours senti aidé par la novillada/corrida dure ou les encastes difficiles, parce que je sais que s’il y a un triomphe derrière, il aura plus de valeur et de répercussion. Cela, je l’ai appris quand j’ai coupé une oreille à un novillo de Granier à Vic-Fezensac. Avec une seule oreille, l’année suivante j’avais 15 novilladas de signées, certes dures, la majorité dans le secteur du Sud-ouest français mais mes efforts étaient récompensés. J’ai également coupé 3 oreilles à Arles et 2 à Nîmes, mais les répercutions étaient moindres que l’oreille de Vic-Fezensac »

Des après-midis exigeants certes, mais qui garantissent, en cas de succès, une meilleure visibilité. Un paramètre qu’a pris en compte Manolo le jour où il a choisi le lieux de son alternative.

« J’ai pu voir que Vic-Fezensac avait beaucoup de respect et de valeur pour les toreros comme moi. Tous les novilleros qui veulent prendre l’alternative, préfèrent 2 figuras et une corrida qui garantisse le meilleur triomphe possible. Moi, j’ai voulu faire les choses différement, pour que le jour de mon alternative soit mon jour à moi. C’est pour ça que j’ai fait cela même si beaucoup de toreros et de gens me disaient que j’étais fou de la prendre à Vic-Fezensac. Ma décision a été faite pour que je sois satisfait moi. »

Il n’oublie également pas une chose très importante, que beaucoup de novilleros actuels laissent de côté :

« Si je peux avec une corrida à Vic-Fezensac, je suis préparé pour toréer quoi que ce soit. J’ai pu prendre l’alternative et être en capacité de tuer une corrida de Cura de Valverde et Victorino Martin les semaines suivantes »

Résultat ? Manolo Vanegas a triomphé à Orthez face aux Cura de Valverde et coupé une oreille de poids à Mont de Marsan face aux Victorino Martin l’année de son alternative.

Au jour d’aujourd’hui, l’avancée de la rééducation de Manolo Vanegas est bonne. Tant bonne, que depuis quelques jours, il commence à marcher de nouveau, ce qui lui a permis de prendre une muleta, 5 mois après sa terrible blessure.

“Si je te dis la vérité, la muleta, je l’ai prise le 16 octobre, pile 5 mois jour pour jour après l’accident. J’ai pris la muleta ce jour-là mais par pur hasard, je ne savais pas que cela faisait 5 mois. Même si je ne pouvais pas trop bouger, j’ai donné une série de naturelles, toréant de salon, et quelques larmes sont sorties. Cela faisait 5 mois que je n’avais pas pu la prendre, c’était un sentiment très fort, quelque chose de très beau car quand tu la prends pour la première fois, tu ne peux plus t’arrêter »

Une évolution qui permet d’avoir quelques espoirs pour le futur de Manolo Vanegas même si le chemin reste long. Le vénézuélien a fait la majeur partie du travail : récupérer la personne.

Maintenant, il lui reste toutes les aptitudes physiques à récupérer mais une chose est sûre : Manolo Vanegas continuera toujours de lutter !

Entretien réalisé par Jean Dos Santos

Photos : Mélanie Huertas, Laurent Bernède, Jean Dos Santos

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