Les arènes de Bayonne auront réussi leur pari en remplissant les arènes de Lachepaillet pour cette corrida goyesque bleue, ouvrant la Feria de l’Atlantique 2026. Un remplissage très satisfaisant pour venir voir « le Roi », Marco Pérez, et le jeune Pedro Luis, qui prenait l’alternative. Une corrida événement qui a attiré un grand public, forcément acquis à la cause des hommes en piste.
Ce sont finalement un total de six oreilles qui ont été coupées après plus de trois heures de corrida. Il faut dire que les mouchoirs distribués à l’entrée des arènes ont fait leur effet au moment de demander les oreilles. La présidence a malgré tout tenu la barre, octroyant les oreilles demandées par le public sans faire d’excès dans les récompenses.

Pedro Luis prenait l’alternative après un passage important comme novillero, mais qui était en perte de vitesse. Le Péruvien a donc reçu l’alternative des mains d’un autre Péruvien, la « star » Andrés Roca Rey. Pour ce jour spécial, Pedro Luis a livré une prestation convaincante, d’abord devant un toro d’alternative face auquel il fut appliqué, doux et précis. Sa faena fut intelligente devant un toro aux forces limitées, mais qu’il emmena jusqu’au bout. Une oreille méritée, décrochée malgré une épée peu esthétique. Il revint avec détermination pour clôturer la corrida devant un nouveau toro coopératif mais de race limitée. Il dessina de bons passages pour aller chercher une deuxième oreille. Sortie en triomphe pour le jour de son alternative.
Marco Pérez livra une après-midi de bon niveau. Le Salmantin met toute sa fraîcheur et son envie à disposition. Il offre au public de la variété et de la justesse. Il livra une prestation supérieure face à son premier toro, qui eut du mal à durer. La faena intelligente du torero permit de maintenir une bonne intensité avant une estocade de clôture impeccable. Face à son second, il dut composer avec un animal qui eut également du mal à durer malgré un début de faena tonitruant. Effort notable, mais contenu moins intéressant, dans une faena conclue là aussi par une très bonne épée. Deux oreilles sont octroyées : c’est très bien payé pour l’Espagnol, mais demandé à l’unanimité par le public bayonnais.

Andrés Roca Rey a de nouveau livré une après-midi contrastée. Il fut l’auteur d’une prestation inacceptable devant un premier toro qu’il n’a jamais voulu voir et qu’il expédia d’un vilain bajonazo. Face au sobrero de Núñez del Cuvillo, il se décida enfin à toréer, laissant de bons passages à la cape par gaoneras et saltilleras, puis avec un début de faena vibrant, avec des passes dans le dos tirées au cordeau. Une deuxième faena supérieure, terminée dans les cornes d’un toro qui n’avait pas l’énergie pour durer tout au long de ce dernier tiers. Mais au moment de conclure, c’est une nouvelle fois par la périphérie qu’il porte une entière de côté, enlevée aussitôt, mais le mal était déjà fait : le toro tombe quasiment instantanément. Une oreille bien complaisante, à l’image d’un public à qui le placement de l’épée importe très peu.

Toro a toro
Le premier toro de Zacarías Moreno, commode de présentation, est reçu avec délicatesse et précaution par Pedro Luis. Le Péruvien mène une lidia précise pour deux piques très modérées. Pedro Luis reçoit l’alternative de son homologue péruvien, Andrés Roca Rey, dans une cérémonie symbolique. Pedro Luis réalise une bonne faena, propre et limpide, devant un animal noble mais aux forces limitées. Avec beaucoup de douceur, il parvient à tirer des séries bien construites sur chaque bord. Il tue d’une vilaine épée placée sur le côté, qu’on lui pardonnera en ce jour d’alternative. Une oreille.

Andrés Roca Rey reste discret sur la réception puis la lidia du deuxième toro de Zacarías Moreno, mobile mais violent. Deux piques sans histoire, et sans mise en suerte claire. La faena n’a pas lieu. Roca Rey nous offre une prestation honteuse où l’on ne voit même pas un muletazo. Épée totalement de côté, concluante, forcément. Quelques sifflets seulement.
Marco Pérez réalise une bonne réception face à un joli castano de Zacarías Moreno. Excellente mise en suerte de l’Espagnol par chicuelinas précises. La faena débute par de bonnes séries de Marco Pérez, qui livre de bons passages sur le bord droit. Mais rapidement, le toro baisse en intensité, notamment à gauche, où il se défend davantage qu’il ne charge. Le maigre contenu, malgré les efforts du torero, est masqué par le Concerto d’Aranjuez joué par la banda, inapproprié. Marco Pérez bataille pour placer le toro à l’estocade. Il finit par porter une entière engagée, un peu en avant, qui fait effet. Une oreille demandée et accordée.
Le quatrième toro est changé pour un motif peu évident, même si l’on peut miser sur un problème à l’une des pattes.
Le sobrero porte le fer de Núñez del Cuvillo. Andrés Roca Rey corrige le tir avec une réception soignée et agrémentée de gaoneras. Après deux piques et devant un toro très mobile, il propose un quite par saltilleras propre. Roca Rey déroule avec une entame tonitruante à genoux, avec des passes dans le dos qui passent très près. Le Péruvien réalise une faena sérieuse devant un toro qui va a menos. La faena baisse elle aussi en intensité, avec un torero qui réduit la distance. Il approche l’animal au plus près pour quelques instants qui portent sur le public acquis à sa cause. Au moment de tuer, il porte une vilaine épée de côté qu’il ressort aussitôt : trop tard, le mal est fait, le sort est foudroyant. Les mouchoirs blancs largement distribués à l’entrée font leur effet. Une oreille accordée, que Roca Rey aura la décence de ne pas promener lors de sa vuelta. Un geste à saluer.
Marco Pérez hérite lui aussi d’un sobrero du fer de Zacarías Moreno. Le Salmantin réalise un bon toreo de cape, même si la mise en suerte n’est pas bonne. La faena débute au centre du ruedo par des derechazos à genoux. Marco Pérez réalise une faena inégale face à un animal qui proteste dans la muleta. L’Espagnol fleurit un peu son toreo, ce qui porte sur le public. Bonne série de clôture avant une entière excellente. Deux oreilles un peu généreuses, mais demandées à la majorité.
Pedro Luis revient en piste pour clôturer la tarde. Son opposant de Zacarías Moreno est collaborateur mais de race limitée. Deux piques. La faena du Péruvien est volontaire face à un toro qui ne rompt pas. Il réalise un travail sérieux dans une faena trop prolongée. Une entière un peu basse et arrière pour clôturer. Une oreille.
Bayonne, Vendredi 4 septembre 2026
6 toros de Zacarías Moreno (dont 5e bis) et Núñez del Cuvillo (4e bis) pour
Pedro Luis (alternative) : une oreille et une oreille
Andrés Roca Rey : quelques sifflets et une oreille
Marco Pérez : une oreille après avis et 2 oreilles
Jean Dos Santos
