Bayonne : Une mauvaise corrida de Roman Sorando pour les fêtes, faut-il enfin tirer la sonnette d’alarme ?

Les fêtes taurines de Bayonne 2026 prenaient leur départ ce vendredi 17 juillet aux arènes de Lachepaillet avec une corrida du fer andalou de Roman Sorando, très peu vu en France depuis le début des années 2000. Au cartel figuraient trois toreros français : Juan Leal, Clemente et Adrien Salenc.

Cette corrida fut marquée par divers événements, mais surtout par la blessure importante du banderillero Morenito de Arles, aux ordres cet après-midi de Clemente. En banderillant le cinquième toro de la tarde pour la deuxième fois, le subalterne a été déséquilibré puis attrapé par le toro, qui lui infligea, sous réserve de confirmation, un sérieux coup de corne à trois trajectoires. Cela obligea naturellement le service médical à interrompre la corrida afin de stabiliser efficacement Morenito de Arles avant de le transporter à l’hôpital.

Le troisième toro de Roman Sorando

Ce compte rendu va débuter par un coup de gueule, car oui, il n’est pas normal d’avoir assisté à un tel spectacle cet après-midi dans les arènes de Bayonne. Si le lot de Roman Sorando n’a rien donné en piste, c’est la présidence qui s’est pitoyablement illustrée en octroyant des oreilles de bienfaisance aux toreros du jour, qui, eux, se sont battus avec dignité. L’occasion de rappeler que l’octroi d’oreilles tombées du ciel n’aide personne : pas les toreros, car on retiendra finalement davantage les « oreilles généreuses » que leur véritable prestation, mais pas non plus les organisateurs. Si Bayonne en est là aujourd’hui, c’est en partie à cause du manque des aficionados réguliers, qui ont choisi de déserter Lachepaillet ! La corrida du jour confirme cette tendance : une petite moitié d’arène pour assister à une corrida de Roman Sorando qui n’aurait jamais dû sortir dans une arène de première catégorie (tout comme les oreilles octroyées).

Soyons sérieux, récompensons les toreros à leur juste valeur pour donner du crédit à leurs efforts et valoriser au mieux leurs triomphes, notamment dans les arènes de première catégorie, qui sont la vitrine de la tauromachie auprès du grand public.

Sujet clos, à bon entendeur !

Tout cela est écrit car les six toros de Roman Sorando furent trop justes de présentation, inégaux de gabarit, mais surtout aux armures insuffisantes pour la catégorie de l’arène. Tous manquaient de race, mais surtout de moteur et de classe, obligeant les toreros à compenser pour pouvoir sortir des prestations professionnelles. Deux toros se sont légèrement employés sous le fer : le sixième, le plus lourd du lot, et le cinquième. Les autres n’ont pris que les deux piques réglementaires, correctement dosées par les cavaliers.

Juan Leal a coupé une oreille après une bonne estocade

Juan Leal a coupé la véritable oreille de cette tarde, après une prestation aboutie face au quatrième toro. Si sa faena fut d’ampleur limitée, notamment par le manque de transmission de l’animal, les efforts du Français furent récompensés après une belle épée portée. En place et dans la croix, elle fut justement récompensée d’une oreille.

Clemente termina cet après-midi avec un bilan comptable supérieur à celui de ses compagnons de cartel. Comme nous le notions plus haut, il y a d’autres choses à retenir que ce « triomphe généreux », car, s’il a le mérite d’exister, le Bordelais le doit à deux épées basses (au second essai à chaque fois), récompensant chacune de ses prestations d’une oreille généreuse. Cette largesse présidentielle ne pourra toutefois pas effacer la bonne volonté et l’implication de Clemente, notamment face à son second toro, devant lequel il parvint à imprimer quelques séquences intéressantes avant que celui-ci ne perde trop de mobilité. Une sortie professionnelle contrariée par le manque de conditions de ses adversaires.

Naturelle de Clemente face au cinquième toro de la tarde

Adrien Salenc, habitué des lieux, dut lui aussi composer avec un lot peu favorable. Des efforts, notamment face à l’imposant dernier toro, devant lequel il réalisa un vrai travail de persévérance, avec intelligence, parvenant à maintenir une intensité linéaire tout au long de sa faena. Une clôture de corrida soignée jusqu’au moment où l’épée vint contrarier ses plans (mais pas ceux du président, heureusement pour lui). Son épée traversante fut suffisante pour que le toro fléchisse, avant que le président ne prenne le même pli, sous une pression pourtant totalement contenue.

Demi véronique de Adrien Salenc sur le sixième toro

Toro à toro

Le premier toro de Roman Sorando est juste de présentation. Il reste sur la réserve à la réception de Juan Leal avant deux piques très légères. Dans le dernier tiers, le toro se défend par demi-charges. Juan Leal doit composer face à un toro qui présente peu d’options. En toréant par le bas et en réduisant la distance, le Français parvient à tirer quelques séries pour convaincre le public. Il conclut d’un trois-quarts de lame en arrière qui sera suffisant.

Le second toro de Roman Sorando est un joli colorado aux armures inégales. Réception propre de Clemente, qui conduit l’animal vers deux piques maîtrisées. Le Français réalise une faena plutôt convaincante devant un animal à la mobilité limitée. En se croisant, Clemente réussit à pousser le toro à charger, davantage sur la défensive que grâce à sa race. Il tue d’une entière basse, quasi foudroyante, au second essai. Une légère pétition permet l’octroi d’une oreille généreuse.

Le troisième Roman Sorando est toujours de présentation moyenne, notamment au niveau des armures. Adrien Salenc réussit une réception propre avant deux mises en suerte, là aussi justes et précises. Deux piques, avec une première rencontre légèrement disputée. Adrien Salenc doit composer face à un toro auquel il manque un peu de tout. Peu de race et aucune transmission pour un toro que Salenc s’efforce de faire répéter dans sa muleta. Le Français fait le maximum, mais il est difficile d’accrocher le public. Épée un peu basse, foudroyante.

Adrien Salenc devant le sixième toro de Roman Sorando

Le quatrième Roman Sorando présente une meilleure allure, notamment au niveau des armures. Accueil prudent de Juan Leal, qui mène le toro pour une première pique disputée, avec un animal qui s’emploie. Le toro ne s’investit malheureusement plus sur la seconde rencontre. Juan Leal réalise une entame de faena intéressante en citant le toro de loin. L’animal répond et permet au Français de lui extraire de bons moments. Il laisse notamment une série supérieure de naturelles profondes. Mais le toro baisse de régime et perd sa mobilité. Juan Leal tire sur la corde pour tenter d’obtenir quelques muletazos supplémentaires en enroulant le toro autour de lui. Il tue d’une excellente épée dans la croix. Une oreille accordée et méritée pour Juan Leal. La pétition de la seconde n’est logiquement pas entendue.

Clemente hérite du cinquième, juste de présentation. Deux piques, avec un toro qui pousse modérément lors de la première rencontre. Morenito de Arles se fait attraper en sortant des banderilles, à la suite d’un coup de tête qui le déséquilibre. Il semble avoir reçu un coup de corne à la cuisse et est transporté à l’infirmerie. Clemente dédie son combat à Morenito de Arles. Il profite d’une certaine mobilité et du fond de noblesse du toro pour tracer un début de faena cohérent et intéressant. Il parvient à dessiner quelques muletazos relâchés. Le toro baisse ensuite en intensité et donne de moins en moins. Il perd rapidement sa mobilité, tout en conservant un peu de noblesse, mais avec une transmission limitée. Clemente tue d’une entière basse efficace au second essai. Une oreille est accordée par un président grotesque, à la suite d’une pétition très minoritaire. Il ne fallait finalement pas vanter ses mérites juste avant…

Interruption de la corrida afin de stabiliser Morenito de Arles.

Le dernier toro de Roman Sorando est massif et assez haut. Les armures sont larges mais peu harmonieuses et, pour ne rien arranger, l’animal se casse un piton contre les tablas. Le toro pousse avec énergie lors des deux rencontres avec le cheval, faisant preuve d’une bravoure mesurée. Adrien Salenc réalise une faena intéressante où il exploite toutes les options offertes par le toro. L’animal charge de manière irrégulière, mais le Français parvient à lisser son effort pour l’emmener jusqu’au terme de la faena. Malgré quelques accrocs, sa prestation est sérieuse lorsqu’il se présente à matar. Il porte une entière qui ressort malheureusement sur le flanc. Descabello efficace. Salenc obtient une oreille invraisemblable, accordée par une présidence qui n’a visiblement pas profité de la pause pour se rafraîchir les idées.

6 toros de Roman Sorando pour
Juan Leal : salut et une oreille
Clemente : une oreille et une oreille
Adrien Salenc : silence et salut

Jean Dos Santos