Roquefort : une après-midi en demi-teinte pour les novillos de Turquay, oreille pour Clément Hargous

La Monumental des Pins fêtait cette année son 75e anniversaire. Depuis des décennies, des élevages prestigieux ont foulé le sable de sa piste. L’empreinte du toro bravo, comme on dit, est une marque de fabrique de la maison, et Pierre Noguès, avec son équipe, perpétue cette tradition qui veut qu’à Roquefort, le 15 août, on voie du toro.

Cette année, et c’est tout à leur honneur, ils ont mis en avant un élevage français dont les origines ont été puisées dans l’encaste Santa Coloma, avec du sang Buendía et Pablo Mayoral. Ainsi, l’élevage d’Emmanuel Turquay, après plusieurs passages dans cette place forte du toro bravo en novilladas sans picadors, venait gravir un échelon supérieur en présentant six exemplaires triés sur le volet.

La présentation fut magnifique, avec des robes bien dans le style de la maison, des armures intactes et une morphologie de dur à cuire. Si on devait s’arrêter là, je dirais : mission accomplie. Malheureusement, le mental de ces combattants a failli. Seulement sept piques au compteur, quelques faiblesses suite à des génuflexions et un manque d’alegría à la pique n’ont pas permis d’enthousiasmer le public.

Ceci dit, les six novillos sont morts la gueule fermée et sont restés au contact des novilleros. Mis à part le premier combattant, qui était venu là pour se battre et chercher sans cesse le novillero, les cinq autres ont montré, malgré leur faiblesse, une envie de manger l’étoffe.

Je resterai donc dans le doute : si les novillos avaient pris une seconde pique, même petite, cela aurait-il changé la donne ? Peut-être, peut-être pas. Le foin de la Crau est exceptionnel et ces novillos en profitent toute l’année. Laissons-leur encore un peu de temps et espérons que le moral des troupes se modifiera dans l’avenir.

Quant aux trois novilleros présents, le Français Clément Hargous, après un premier passage face à un combattant de près qui le secoua à la mise à mort, sortira de la Monumental avec un trophée, gagné grâce à une dernière série méritoire à la muleta et une épée foudroyante.

Les deux novilleros espagnols, Jorge Hurtado et López Ortega, ont montré quelques qualités dans leur toreo, sans jamais aller chercher le terrain adverse. Mala suerte, ils n’ont pas su utiliser leurs estocs correctement et ont dû utiliser le descabello pour clore les débats.

Une après-midi mi-figue, mi-raisin, qui ne restera pas dans nos mémoires. Les Canadairs sont passés au-dessus des arènes, nous rappelant qu’une tragédie bien plus grande se jouait non loin de nous.

Temps chaud, demi-arène.

6 novillos de Turquay pour
Clément Hargous : Palmas et 1 oreille
Jorge Hurtado : Palmas et Palmas
López Ortega : Palmas et Silence

Pascalito Del Moun