Margé à Dax : Les hommes de l’ombre face aux pitones

La corrida de Robert Margé était probablement l’un des rendez-vous les plus attendus de ce Toros y Salsa 2026. Pour la troisième année consécutive, l’élevage français revenait sur le sable de Dax avec un lot sérieux et harmonieux dans sa présentation. Du trapío, des pitones, de belles estampes : les Margé avaient fière allure à leur sortie du toril.

À la muleta, plusieurs exemplaires ont également laissé des possibilités aux toreros grâce à leur noblesse et une certaine mobilité. Le sixième, davantage manso, s’est écarté de cette tendance générale. Une corrida qui aura donc offert de la matière, sans toutefois parvenir à prendre complètement son envol.

Car c’est finalement dans les premiers tiers que les attentes auront été les moins satisfaites. Les Margé ont peu pesé sous le fer et les piques, peu nombreuses, n’ont pas toujours permis de véritablement mesurer leur comportement. Il aura manqué cette sensation de puissance et cette présence capables de faire monter la tension dans les tendidos.

Plus que leurs qualités à la muleta, c’est donc peut-être ce manque de chispa et de personnalité qui laisse un sentiment d’inachevé. Avec une telle présentation, on aurait aimé voir les Margé imposer davantage leur présence dans l’ensemble des trois tiers.

Les pitones étaient pourtant bien présents. Et puisqu’ils l’étaient, il convient aussi de rendre hommage à ceux qui travaillent justement à quelques centimètres d’eux. Les toreros de plata ont réalisé plusieurs passages remarquables, parfois dans une relative indifférence des tendidos. Ángel Gómez Escorial, face au superbe castaño sorti en premier, Thomas Ubeda au deuxième ou encore Fernando Sánchez au quatrième ont signé des paires de banderilles en toda ley qui méritaient certainement davantage d’attention.

Thomas Ubeda aux banderilles ©Laurent Bernède

Une tarde finalement assez bien résumée par les épées : elles sont souvent parties de travers. Et pas seulement au sens propre.

Un dernier clin d’œil enfin, avec ce brindis de Clemente à Thomas Dufau qui pouvait déjà donner quelques idées pour la Madeleine 2027. Des Margé avec Clemente à Mont-de-Marsan ? L’affiche aurait du sens. Mais si elle venait à se concrétiser, il faudra aussi que le Français montre davantage que ce jour-là, mette davantage la jambe et impose davantage sa tauromachie. À défaut, les tendidos montois, souvent réputés exigeants, risqueraient encore une fois d’être montrés du doigt un peu trop facilement…

Brindis de Clemente au montois Thomas Dufau… en terre dacquoise ! ©Laurent Bernède

Et les matadors dans tout ça ? Leur tour viendra.

Laurent Bernède