Mont-de-Marsan : les vieux démons de Victorino Martín ressurgissent

Dure réalité au Plumaçon où la corrida de clôture de cette Madeleine 2026 a confirmé la déception générale de cette édition. Les vieux démons de la ganadería Victorino Martín ont ressurgi, sept ans après le fiasco qui avait coûté leur place aux organisateurs de l’époque. Jean-Baptiste Jalabert et la commission taurine actuelle avaient pourtant relancé avec succès l’histoire des Victorino Martín à Mont-de-Marsan en 2024. Les deux dernières éditions avaient permis de redorer le blason de l’élevage au Plumaçon, mais cette année, les toros de la A couronée auront largement contribué à faire chuter le niveau général de la feria.

Pour ce qui restera la dernière corrida de l’équipe organisatrice actuelle, le lot de Victorino Martín n’aura jamais permis d’espérer une sortie sur une bonne note. Si la présentation fut correcte dans son ensemble, malgré quelques disparités et certains sujets un peu justes, les toros ont surtout manqué de race, de transmission et de moral pour offrir la moindre émotion aux aficionados venus remplir les gradins du Plumaçon.

Le sixième toro de Victorino Martin ©Victoria Bordes

Les hommes n’ont pas davantage relevé le niveau. Morenito de Aranda n’a pratiquement rien proposé, appliqué dans la lidia mais totalement décomposé muleta en main. Juan de Castilla est apparu encore diminué par sa blessure de Pampelune, laissant une grande partie des mises en suerte à sa cuadrilla avant de se montrer rapidement sans solution face à ses deux adversaires.

Les seules notes positives sont venues de Roman, qui a tenté le tout pour le tout, notamment face au deuxième toro de l’après-midi. Le Français a su tirer parti d’un piton gauche plus franc en enchaînant deux séries de naturelles de belle tenue avant de s’accrocher sur un piton droit bien plus exigeant. Son engagement et ses deux épées de grande qualité auront été les rares motifs de satisfaction de cette dernière tarde.

Roman avec le deuxième toro du jour ©Victoria Bordes

Une fin de feria bien terne qui pourrait bien renvoyer Victorino Martín sur la liste noire du Plumaçon pour 2027. Reste désormais à savoir avec qui et comment sera construite la prochaine feria. Les rumeurs vont déjà bon train, notamment autour d’une possible arrivée de Thomas Dufau à la tête des arènes.

Toro a toro

Faux départ avec le premier toro de Victorino Martín, renvoyé aux corrals avant le début de la lidia. C’est finalement le toro initialement prévu en quatrième position qui ouvre la corrida.

Le premier véritable toro est juste de présentation, de petit gabarit et aux armures courtes. Il charge tête basse dans la cape sûre de Morenito de Aranda, qui le conduit avec précision. Excellentes mises en suerte avec trois rencontres au cheval et un très bon travail du piquero Héctor Peña. Le toro vient de plus en plus loin, notamment lors de la dernière rencontre, où il démarre depuis la seconde moitié du ruedo. Sans véritable bravoure, il pousse néanmoins sous le fer. Morenito de Aranda signe une faena très décousue, sans parvenir à trouver le bon terrain d’entente avec son adversaire. Il pinche à cinq reprises avant de conclure au descabello sous les sifflets.

Le deuxième toro est correctement présenté et bien armé. Roman réalise une lidia appliquée, alternant avec Gómez Escorial lors de la seconde mise en suerte. Deux piques bien exécutées. Le Français construit une faena intéressante, citant toujours avec beaucoup de précaution. Il parvient à lier une première série de trois naturelles avant de faire monter progressivement l’intensité. À droite, il signe plusieurs séries de bonne facture, sans toutefois atteindre le même niveau qu’à gauche. Il conclut d’une excellente épée au troisième essai, foudroyante. Forte ovation.

Juan de Castilla avec le troisième toro ©Victoria Bordes

Le troisième Victorino Martín affiche un imposant berceau de cornes ouvert. Juan de Castilla connaît une lidia compliquée, dépassé par le rythme du toro et épaulé par Morenito de Aranda lors de la seconde mise en suerte. Les deux piques sont médiocrement exécutées. Le Colombien livre une faena en dessous des possibilités de son adversaire, qui le met régulièrement en difficulté. Les gradins restent silencieux avant une conclusion laborieuse à l’épée.

Morenito de Aranda hérite ensuite d’un sobrero de José Cruz, très bien présenté. Distrait à sa sortie, le toro est accueilli avec prudence. Correctement lidié pour deux piques, il saute au cou du cheval lors de la première rencontre avant de pousser très peu sur la seconde. Morenito de Aranda réalise une faena sérieuse mais insuffisante face à un toro qui offrait des possibilités avant de rapidement aller a menos. Nouvelle prestation décevante du Castillan, qui tue en plusieurs temps et regagne le callejón sous quelques huées.

Morenito de Aranda avec le sobrero de José Cruz, bien présenté ©Victoria Bordes

Le cinquième Victorino Martín est le mieux présenté du lot. Roman signe une réception propre avant une lidia appliquée pour deux piques. La cuadrilla est mise en difficulté par un toro exigeant, sans que celui-ci ne fasse preuve de grandes qualités. Le Français s’emploie face à un animal peu mobile et parvient malgré tout à lui arracher une belle série de derechazos. Il conclut d’une nouvelle épée de grande qualité. Ovation.

Le sixième toro se révèle invalide, manifestement diminué de l’arrière-main. Deux piques bien dosées, Juan de Castilla laissant une nouvelle fois le soin de la lidia à sa cuadrilla. Le toro charge avec violence lorsqu’il ne s’effondre pas. Impossible dans ces conditions pour le Colombien de construire une faena. Il conclut d’un vilain bajonazo au deuxième essai.

6 toros de Victorino Martín et un sobrero de José Cruz (4°) pour
Morenito de Aranda : bronca et légère bronca
Roman : salut après ovation et silence.
Juan de Castilla : silence après avis et sifflets

Jean Dos Santos