Mont de Marsan : Encerrona maîtrisée de Daniel Luque qui alimente un peu plus son histoire taurine française

L’encerrona de Daniel Luque affichait le plein aux arènes du Plumaçon à l’heure du paseo pour cette corrida événement du Samedi 25 juillet 2026. Une corrida particulière puisque Daniel Luque estoquait en solitaire six toros de cinq ganaderias distinctes.

A l’issue du paseo, le torero de Gerena recevait une ovation de premier ordre, vêtu d’un magnifique costume de lumière aux couleurs de la Madeleine, un blanc brodé de bleu. Torero du Sud Ouest, Daniel Luque s’était déjà essayé à cet exercice à Bayonne en 2019 et à Dax en 2022. Un exercice qu’il affectionne et dont il démontra une nouvelle fois toute sa palette et sa science du toro. Le changement de plusieurs toros ces dernières semaines, avec le retrait des toros de Daniel Ruiz et Adolfo Martin, a supprimé un encaste dans les différents toros proposés.

Les six toros présentés ce Samedi après-midi furent d’une présentation très diverse. Les toros de Juan Pedro Domecq et La Quinta étaient les mieux faits, joliement armés et de bons trapio. Les deux Fuente Ymbro avec un déficit harmonieux au niveau des cornes, le Parralejo juste de présentation et un exemplaire de Victoriano del Rio moyennement présenté complété le lot.

Luquecina avec ayuda de Daniel Luque face au toro de El Parralejo

Dans le comportement, les différents toros ont connu des fortunes diverses, sans jamais qu’aucun d’entre eux ne permettent véritablement à Daniel Luque de faire basculer la tarde. Malgré tout, on ne se sera jamais ennuyé dans cette encerrona, où Luque a fait les choses bien du début à la fin. Appliqué et sérieux dans le lidia, il a mis un point d’honneur à cadrer ses adversaires pour extraire tout ce qu’ils possédaient.

Le point culminant de cette tarde fut le troisième toro de Juan Pedro Domecq, le plus complet avec une pointe de bravoure au cheval, et une charge doucement encasté qui a donné l’occasion à Daniel Luque de poser deux bonnes paires de banderilles, dans un tercio partagé avec le local Mathieu Guillon. Il servit ensuite une faena pleine dans un sitio juste et un toreo raffiné et ambitieux. Si les épées furent toutes efficaces, elles furent, sans exagération certes, toutes un peu basses. Celle du Juan Pedro Domecq plutôt satisfaisante, ce qui lui permit de décrocher les deux oreilles nécessaires pour sortir par la porte Nimeño II.

Daniel Luque aux banderilles face au Juan Pedro Domecq

Daniel Luque avait donné le ton sur sa sortie précédente face à un noble exemplaire de El Parralejo. Il fit l’effort dans une faena qui est allé à mas et dans laquelle Luque a également pu mettre à profit la diversité de sa palette. L’épée, trop basse cette fois-ci, fit s’envoler les deux oreilles, le torero de Gerena devant se contenter d’un seul pavillon.

Le reste de la corrida ne sera finalement d’une histoire de détail et de réglages pour tenter de tirer de bonnes séquences de chacun de ses adversaires. Les deux Fuente Ymbro ont manqué de race, même si le deuxième offrit quelques bons moments grâce aux efforts du torero. Le Victoriano del Rio ne tenu pas la distance après un tercio de piques animés, où la pique se brisa sous l’impact, et une seconde rencontre où le picador fut expulser de sa monture. Enfin le toro de La Quinta n’eut pas grand-chose de bon, avec des charges tête haute, et observant davantage les alentours que la muleta de Daniel Luque.

Une tarde qui ne nous laissa pas nous ennuyer donc, avec de bons moments, saluant ainsi la maturité actuelle d’un torero qui continue à chercher le chemin de la tête de l’escalafon qu’occupe son rival péruvien.

Arrucina de Daniel Luque sur le toro de El Parralejo

Toro a Toro

Le premier toro de Fuente Ymbro est haut et armé par le bas malgré des armures inégales. Le toro est sur la réserve et charge avec une pointe de violence. Daniel Luque mène une lidia correcte malgré un animal difficile à conduire. Deux piques où le toro pousse sans bravoure. Dans le dernier tiers, le toro brille par son manque de race. Daniel Luque doit composer avec un toro qui se réfugie près des planches et qui cherche la sortie. Daniel Luque conclut par une entière longue d’effet.

Le second toro porte le fer d’El Parralejo. Daniel Luque réussit une entame correcte à la cape pour trois rencontres, mais deux véritables piques. Quite par chicuelinas précis du Sévillan. Daniel Luque entame sa faena près des planches avec originalité. Il sert des trincheras et des luquecinas, épée dans l’étoffe. Il domine l’animal et profite de sa noblesse pour en tirer le meilleur. Maîtrise et torería pour un Daniel Luque qui domine son sujet. Il tue d’une entière tombée, foudroyante. Pétition importante avec une oreille justement accordée, malgré la pétition de la seconde pour certains.

Le troisième toro du fer de Juan Pedro Domecq est bien présenté. Daniel Luque l’accueille par véroniques, genou plié, et chicuelinas. Il continue sa mise en suerte par chicuelinas avec deux piques où le toro pousse modérément. Daniel Luque partage les banderilles avec Mathieu Guillon, avec les deux dernières paires à son profit, partant des planches vers le centre de la piste. Deux bonnes paires sous l’ovation des tendidos. Luque débute sa faena à genoux et se fait accrocher sans conséquence. Il livre une nouvelle faena pleine de maîtrise et de torería, notamment sur le pitón droit intéressant de l’animal. Fin par des luquecinas impeccables avant une entière un poil en arrière et basse. Cette fois-ci, les deux oreilles tombent.

Le quatrième toro est un Victoriano del Río bien fait, aux pointes légèrement abîmées. Il fait rompre la pique sur la première charge au cheval, mais sort seul. Il renverse le picador sur la seconde charge en poussant un peu sous le fer. La troisième rencontre sera la meilleure, avec un toro qui vient de loin et qui pousse au cheval. Dans le dernier tiers, le toro manque de mobilité et de race en général. Le torero de Gerena insiste avec plusieurs muletazos tirés par les cheveux. Il parvient à faire aller la faena et à avoir quelques pics d’intensité sur un périmètre réduit. Une entière tombée efficace.

Le cinquième toro est un joli La Quinta, bien présenté. Il prend deux bonnes piques en poussant modérément sous le fer, puis une troisième un poil moins précise. Salut d’Ángel Otero et Alfredo Cervantes aux banderilles. Dans le dernier tiers, Daniel Luque effectue une bonne entame sur le pitón droit. Mais le toro de La Quinta ne se livre véritablement jamais, chargeant la tête haute et sans classe. Malgré la musique qui accompagne Luque, le maestro la fait arrêter et tente tout de même de tirer quelques détails supplémentaires. En vain. Une entière plutôt en place au second essai.

Naturelle face au toro de La Quinta

Le dernier toro de Fuente Ymbro est correct de présentation. Il ne se livre pas dans la cape de Daniel Luque, qui va le chercher au centre du ruedo. La première rencontre est intéressante avec un toro qui pousse. Lors de la seconde, le toro fuit au contact de la pique avant de revenir, puis de repartir rapidement. Daniel Luque réussit un bon début de faena face à un toro qui vient de loin. Luque le règle avec des séries de bonne facture sur chaque bord, mais la transmission est limitée. Le toro va a menos et ne permet pas à cette corrida de finir sur la meilleure des notes. Une entière un peu tombée en arrière finit par faire effet.

Dans l’ordre de sortie :
Toros de Fuente Ymbro, El Parralejo, Juan Pedro Domecq, Victoriano del Río, La Quinta, Fuente Ymbro pour

Daniel Luque : silence, une oreille, deux oreilles, silence, silence et applaudissements après avis.

Jean Dos Santos