Soustons : Merci à Hugo Tarbelli qui triomphe avec trois oreilles devant les novillos de Fernay

Soustons tenait sa novillada annuelle ce samedi à l’occasion des fêtes locales. Organisée par l’empresa La Vuelta, la novillada a attiré plus de 1 100 spectateurs dans les tribunes, soit une demi-jauge. Une entrée satisfaisante sous une chaleur lourde, qui a finalement tourné à l’orage lors de la dernière lidia.

Cette cuvée 2026 pourra remercier la présence surprise de Hugo Tarbelli, qui a permis à l’après-midi de prendre une autre dimension. Le novillero local, invité de dernière minute à la suite du forfait de Clovis Germain, mais aussi porté par ses succès récents à Hagetmau et Villeneuve-de-Marsan, a coupé trois oreilles en montrant l’entièreté de l’état d’esprit du novillero. Il a mis la barre haute et a été l’acteur de l’ensemble des trois tercios. Une réelle envie de toréer qui a transpiré sur le ruedo soustonnais, lui permettant de s’imposer sans contestation au terme d’une novillada intéressante d’Olivier Fernay.

Naturelle de 3/4 face d’Hugo Tarbelli

Les novillos d’Olivier Fernay n’ont offert qu’une présentation minimale, notamment avec un gabarit limite pour une novillada piquée. Mais en piste, ils ont montré de vraies qualités et permis aux novilleros de s’exprimer, lorsqu’ils en étaient capables, malgré des forces restreintes et un fond de race limité.

On continue ce compte rendu avec un paragraphe qui devient malheureusement trop récurrent. Il concerne la présidence, vous l’aurez sûrement deviné. Cette après-midi encore, les hommes au pouvoir du mouchoir blanc ont sévi dans les arènes de Soustons. Si Hugo Tarbelli sort avec trois oreilles que personne ne pourra contester, ce n’est pas le cas de son homologue Victor Clauzel. Le novillero des Saintes-Maries-de-la-Mer est également sorti a hombros après avoir coupé une oreille à chacun de ses novillos. Des trophées bien trop généreusement accordés après des prestations timides, pas toujours bien conclues à l’épée, et qui doivent surtout leur obtention à la pétition et aux grandes voix de ses admirateurs. Si la pétition fut légèrement supérieure pour le premier, celle de son second combat s’est essentiellement limitée aux membres de son comité de sympathisants. Décevant, donc.

Concernant la prestation de Victor, elle fut décevante, notamment de la part d’un novillero qui dispute sa deuxième année dans la catégorie. Le constat le plus flagrant fut son manque d’implication dans le premier tiers, que le Français a totalement déserté. Lors de la première mise en suerte, c’est dans la zone du picador qu’il plaça le novillo, avant de faire sortir le cheval vers le centre. Un choix ou la conséquence d’une lidia approximative qui laissa les aficionados dans le flou. Ses deux prestations furent propres et professionnelles, mais on attend davantage d’un novillero. Les statistiques, elles, retiendront que deux oreilles auront été coupées par le torero des Saintes-Maries, qui est sorti a hombros ce jour-là.

Victor a fait preuve de courage, avec ici des passes changées dans la dos

Enfin, Miriam Cabas. Que dire de la torera espagnole ? Elle n’a même pas pris le soin de toréer à la cape. Vite accrochée sur la réception de son premier novillo, elle laissa le soin de la lidia à son banderillero, regardant la scène depuis les planches. Où va-t-on ? Rebelote lors de la lidia du second, assurée par Jérémy Banti, où elle fit fortement piquer son novillo, comme le premier. Muleta en main, ce sont de grotesques muletazos périphériques que nous servit la torera tout au long de la tarde. Un véritable « red flag », même pour les moins aguerris, qui auront remarqué que quelque chose cloche, si l’on en croit également les commentaires venus des tendidos.

Miriam Cabas face à son premier novillo

Alors non, nous n’avons pas passé une mauvaise après-midi à Soustons, car il y avait Hugo Tarbelli, qui lui, avait un véritable esprit novilleril, et un lot d’Olivier Fernay qui aurait pu connaître meilleur sort avec davantage d’adversité en face.

Toro a toro

Le premier novillo de Fernay est de très petit gabarit. Victor mène une très mauvaise lidia, faisant entrer le novillo dans l’espace du picador, que celui-ci sort de la zone vers le centre du ruedo. Pourquoi s’embarrasser à respecter les fondamentaux de la lidia ? Pique symbolique sur un novillo qui ne pousse pas. Victor réalise une faena timide et avec une marge de sécurité face à un adversaire noble et aux forces limitées. Il sert plusieurs séries à la transmission limitée. La série de bernardinas finales est bonne avant de porter l’estocade. Une entière en place finit par faire effet. Une petite oreille est accordée.

Miriam Cabas est accrochée sur la réception à la cape. Elle laisse l’intégralité de la lidia à son banderillero. Où va-t-on ? Deux piques appuyées et non nécessaires, mais le novillo fait front avec qualité. La faena de Miriam Cabas ne fait pas illusion. La torero envoie systématiquement le bon novillo de Fernay vers les extérieurs. L’animal restera inédit avant des épées peu glorieuses, pas aidées par un puntillero peu inspiré lui aussi.

Le troisième novillo, aux armures peu esthétiques, est accueilli par Hugo Tarbelli près des planches par une larga de rodillas. Il met de l’énergie dans cette tarde, mais manque ses deux mises en suerte. Si le novillo pousse sur la première pique, il se contentera d’attendre sur la seconde. Alors qu’Hugo Tarbelli a déjà les banderilles en main, Victor sort pour un quite accroché, accompagné par… la musique, qui avait elle aussi anticipé. Hugo Tarbelli loupe la première paire mais se rattrape sur les deux suivantes. Il débute sa faena à genoux et donne le ton. Il sert de bons passages à un animal qui va a menos malgré de bonnes charges sur l’entame. Dans un sitio idéal et appliqué, le local fait le job. Après une trois-quarts de lame en place qui est efficace, il coupe une oreille méritée.

Victor hérite du quatrième novillo, toujours de petit gabarit. Une pique avec une lidia cette fois-ci un peu meilleure. La faena est conditionnée par la noblesse du novillo, qui passe et repasse dans la muleta du Français. Il entame son dernier tiers avec des passes changées dans le dos. Victor réalise une faena convenable, avec un écho limité et souvent en retrait du sitio. Peu de transmission pour une faena qui se termine par une épée traversante. Il s’y reprend avec un deuxième coup d’épée efficace. Une oreille à nouveau accordée, difficile à justifier au regard de la prestation.

Miriam Cabas hérite du cinquième, bien présenté. Une nouvelle fois, elle est dépassée dans la lidia et laisse le soin à son banderillero de s’acquitter de la tâche. Deux piques appuyées et non nécessaires. Quite ajusté par tafalleras de Hugo Tarbelli. La faena de Miriam Cabas est quand même supérieure à la précédente. Elle parvient à accompagner le novillo sur le début de faena. Toujours sur les extérieurs, elle profite du bon piton du novillo, qui perd tout de même de sa superbe au fil des muletazos. La fin est brouillonne, Miriam Cabas donnant des muletazos un à un face à un novillo qui se désintéresse. Elle tue au troisième essai d’une demi-lame et d’un descabello.

Le dernier novillo est le mieux présenté du lot. Hugo Tarbelli va à puerta gayola l’accueillir pour une réception enjouée. Deux piques avec, enfin, deux bonnes mises en suerte. Le novillo ne pousse pas et sort seul du cheval. Trois paires de banderilles correctement posées par Hugo Tarbelli. Le Landais débute sa faena par de jolis doblones, efficaces sur l’animal. Cela permet de le cadrer et de lui régler le port de tête. Face à un animal noble et avec de la transmission, Hugo Tarbelli s’applique sur les deux bords. Il respecte à nouveau le sitio et va chercher le novillo dans ses retranchements. Faena efficace et bien construite, qui va a más grâce à l’entrega du torero. Il tue d’une entière contraire foudroyante portée avec engagement. Deux oreilles méritées pour le torero, qui ouvre la grande porte. Vuelta posthume au novillo pas nécessaire du tout, notamment à la suite d’un tercio de varas où le novillo ne pousse absolument pas sur la seconde rencontre. Quels sont les critères, président ?

6 novillos de Olivier Fernay pour :
Victor Clauzel : une oreille et une oreille
Miriam Cabas : silence après avis et silence
Hugo Tarbelli : une oreille et 2 oreilles

Jean Dos Santos