Villeneuve-de-Marsan organisait sa corrida annuelle en proposant cette année une corrida mixte avec deux novillos, une formule qui n’avait plus été présentée depuis le 20 août 2011. À cette époque, Julien Lescarret et Thomas Dufau, fraîchement sacré matador de toros quelques jours auparavant, étaient accompagnés du novillero Mathieu Guillon.
En cette année 2026, les organisateurs de Villeneuve-de-Marsan ont vu leur programmation être bouleversée ces dernières semaines. D’abord, Solal a été contraint de déclarer forfait après sa blessure au bras à Aire-sur-l’Adour. Puis Clovis, victime de fortes douleurs au genou depuis Mont-de-Marsan, a également dû renoncer, mettant en péril la fin de sa saison. Un cartel de banderilleros qui n’aura finalement jamais eu lieu, avec les entrées de Dorian Canton et du novillero surprise Hugo Tarbelli, seul à poser les banderilles au cours de l’après-midi.

Cette édition 2026 restera marquée par la décevante prestation des toros d’Olivier Fernay. Malgré une présentation irréprochable, qu’il convient de souligner, les quatre pensionnaires du Mas des Jasses se sont montrés totalement dénués de race et de mobilité. Très vite arrêtés, parfois même avant le tercio de piques, ils n’ont offert aucune possibilité aux toreros.
Les deux novillos présentés par la famille Fernay ont, en revanche, donné entière satisfaction, notamment le premier, tout simplement extraordinaire : brave, encasté, il poussa le cheval lors de trois rencontres et offrit des charges vibrantes et rythmées dans la muleta. Un novillo exceptionnel, comme on aimerait en voir plus souvent, qui restera la grande satisfaction de cette soirée. Il fut logiquement récompensé d’une vuelta posthume. Le second, plus compliqué et avec moins de profondeur, s’est néanmoins révélé intéressant.
Hugo Tarbelli a ainsi été le seul véritable protagoniste de cette après-midi. Encore vert, sa détermination et sa soif de réussite lui valent déjà la sympathie et le soutien du public. Face au remarquable troisième novillo, il réalisa une prestation honorable. Certes, son manque d’expérience et de métier ne lui permit pas d’exploiter totalement les immenses qualités de son adversaire, mais il fit preuve de dignité, notamment sur le pitón droit où il sut accompagner les longues charges de l’animal. Après une épée engagée, il décrocha une oreille méritée.
Face à son second novillo, plus brusque et exigeant, il réussit plusieurs bons passages des deux côtés, notamment à gauche où il avait laissé entrevoir un beau potentiel lors de son premier combat. Une seconde prestation sérieuse, malheureusement gâchée par plusieurs tentatives à l’épée qui lui coûtèrent sans doute une sortie a hombros.
Chez les matadors de toros, peu de choses à retenir si ce n’est l’implication très mesurée d’Antonio Ferrera, qui s’est contenté de venir estoquer ses deux adversaires. Il n’est décidément plus en odeur de sainteté dans le Sud-Ouest, ni en Catalogne.

Dorian Canton s’est montré volontaire face aux quelques possibilités offertes par son premier toro. Son second, un véritable manso de catégorie, est resté collé aux planches avant même l’entrée du picador en piste. Une après-midi qui lui aura davantage appris à gérer l’impossible qu’à réellement s’exprimer.
Toro par toro
Le premier toro d’Olivier Fernay est bien présenté. Antonio Ferrera le reçoit avec prudence. Juste de forces, l’animal reste court dans la cape. Une pique légère. Le toro ressort du cheval avec une charge encore plus réduite. Ferrera fournit peu d’efforts muleta en main devant un adversaire offrant très peu d’options. Il l’expédie finalement d’une entière en place après deux pinchazos. Descabello nécessaire.
Le deuxième toro d’Olivier Fernay est également bien présenté. Dorian Canton réalise un accueil timide face à un animal qui reçoit une légère pique. Le Français tente rapidement d’entraîner le toro avec lui dès le début de la faena. L’animal manque de mobilité et Canton doit composer avec cette difficulté. Il parvient à tirer quelques séries intéressantes sur le pitón droit, tandis que le gauche se montre plus compliqué. Il est averti puis accroché par un toro qui se défend davantage qu’il ne charge. Une entière basse au second essai conclut efficacement son travail. Vuelta.

Hugo Tarbelli reçoit le premier novillo à puerta gayola. L’animal est mobile, difficile à fixer mais doté d’une charge prometteuse. Il part seul au cheval, puis effectue également la deuxième rencontre sans véritable mise en suerte. Le novillo pousse modérément lors des deux piques. Tarbelli débute sa faena à genoux près des planches. Le novillo vient de loin. Sa charge est tout simplement extraordinaire, accélérant jusqu’au bout de la muleta. Le jeune Français comprend rapidement les qualités de son adversaire et le cite de loin. Les immenses qualités du novillo portent naturellement une faena encore un peu verte mais pleine de volonté. Tarbelli profite surtout des charges sur le pitón droit, où il construit l’essentiel de son œuvre. Lorsqu’il tente le pitón gauche, il est violemment attrapé et secoué, heureusement sans gravité. Quel novillo ! Il conclut d’une entière contraire portée avec beaucoup d’engagement. Suffisant pour obtenir une oreille pleinement méritée.
Le quatrième exemplaire d’Olivier Fernay est magnifiquement présenté. Antonio Ferrera peine à le fixer dans la cape sans réellement le mettre en suerte. Une pique appuyée. Le torero espagnol fournit peu d’efforts devant un toro certes limité en mobilité, mais qu’il ne cherche jamais véritablement à faire rompre. Une prestation bien maigre pour un torero de son rang. À l’épée : pinchazo, traversante puis une épée en avant finalement efficace.
Le cinquième toro est, lui aussi, très bien présenté. Nouvel accueil prudent de Dorian Canton face à un toro peu franc qui reste en querencia durant tout le premier tiers. Le Français lutte pour le conduire au cheval, lequel viendra finalement le chercher hors sitio. Le toro s’arrête définitivement et le picador quitte la piste. La faena devient impossible tant l’animal reste collé aux planches. Malgré toutes les tentatives de Dorian Canton pour l’en décoller, rien n’y fait. Très difficile à estoquer dans ces conditions, le Français finit par s’en sortir après plusieurs tentatives.
Le dernier novillo est commode, doté d’armures agréables pour le torero. Hugo Tarbelli le reçoit avec prudence et le mène à une pique appuyée. Le quite est brouillon devant un animal qui peine à démarrer. Le Français débute sa faena au centre de la piste par deux passes changées dans le dos. L’entame est intéressante malgré des charges irrégulières. Tarbelli réalise plusieurs bons passages sur le pitón gauche malgré quelques accrocs. Volontaire et animé par l’envie de triompher, il va chercher les muletazos un à un pour tirer le meilleur parti possible de son adversaire. Malheureusement, les épées sont plus hésitantes et lui coûtent sans doute une nouvelle oreille qui lui aurait ouvert la porte d’une sortie en triomphe.
Villeneuve-de-Marsan, Mardi 4 août 2026
4 toros et 2 novillos de Olivier Fernay pour
Antonio Ferrera : silence après avis et silence
Dorian Canton : vuelta après avis et silence après avis
Hugo Tarbelli (novillero) : une oreille et vuelta
Sobresaliente : Iván Abasolo
Jean Dos Santos
